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 Le fort de la Prée

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Steph
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Date d'inscription : 19/07/2010
Age : 45
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MessageSujet: Le fort de la Prée   Ven 04 Nov 2011, 12:56

En janvier 1625, les Huguenots (nom donné aux protestants français) s’emparent de l’île de Ré et le comte de Toiras y est dépêché par Richelieu pour rétablir l’ordre royal. Sa mission accomplie, il y est nommé gouverneur et fait entreprendre la construction de fortifications. La souveraineté sur l’île du roi de France dépend des possibilités des liaisons avec le continent. Il se trouve qu’il y a, dans le sud-est de l’île, une rade propice au mouillage et qui n’est distante du continent que d’une poignée de kilomètres. Mais il convient de la protéger et c’est là, au lieu-dit « la Prée », que Toiras va faire édifier le fort dont-il est ici question. Le 27 juillet 1627, alors qu’il est à peine achevé, une armée anglaise débarque sur l’île mais Buckingham, qui en est à la tête, se contente de faire surveiller le fort sans l’attaquer et se concentre sur l’investissement de Saint-Martin. Fin octobre, Richelieu parvient à faire traverser de nuit le bras de mer à une armée de secours et le fort de la Prée va permettre d’abriter et de couvrir le débarquement de ces troupes qui, en prenant les Anglais à revers, vont les forcer à lever le siège de Saint-Martin et à se rembarquer précipitamment…
Entre 1664 et 1690, le fort de la Prée fera l’objet de plusieurs campagnes de travaux qui lui donneront, dans ses grandes lignes, l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Mais l’oeuvre majeure de Vauban dans l’île de Ré, la somptueuse citadelle de Saint-Martin, éclipsera la « clef de la défense de l’île de Ré » et la Prée finira même par ne plus être occupé et il faudra attendre les années 1790 pour qu’à nouveau l’armée française s’intéresse à lui. Cependant, ce n’est véritablement qu’avec l’adoption, en avril 1875, d’un vaste programme d’ensemble de défense des côtes, qu’il redeviendra l’une des positions maîtresses du dispositif fortifié assurant la couverture de l’île et qu’il contribuera très largement à celle de la place de La Rochelle.
Pour ce faire, le fort sera armé de 2 canons de 24 cm Mle 1876 sur affûts GPC, le premier étant implanté sur le bastion gauche (nord-est) afin de battre le mouillage de la Flotte et celui en avant du fort, tandis que le second, monté sur le bastion droit (sud-est), devait permettre de battre le mouillage de Rivedoux en croisant ses feux avec ceux de la batterie de Sablanceaux. En plus des travaux devant permettre aux bastions de recevoir ce nouvel armement, on procéda au renforcement du magasin à poudre, à la rénovation du bâtiment d’entrée et des magasins sous casemates, et on édifia deux traverses avec abri de part et d’autre de la courtine est… Dans les années 1890, après l’ouverture à la navigation du port de la Pallice, le fort fut renforcé par l’adjonction d’une batterie annexe devant être armée, en cas d’alerte, de 4 canons de 95 mm sur affûts de campagne et devant agir dans un secteur compris entre la direction nord-est, qui est celle du seuil, et la direction est, qui est celle de la batterie de l’anse du Plomb avec laquelle elle devait croiser ses feux.
En août 1914, le fort de la Prée sera occupé par un détachement de la 14e batterie du 1er régiment d’artillerie coloniale. L’année suivante, toute menace d’agression navale semblant écartée, il sera finalement désarmé et ses canons de 24 cm, montés sur des affûts leur permettant d’évoluer sur le réseau de chemin de fer, seront envoyés sur le front où l’on manquait cruellement d’artillerie lourde. Cependant, il ne sera déclassé qu’en 1934, sans toutefois que son aliénation ne soit prononcée. Durant l’occupation, la construction, à partir d’avril 1941, de la base sous-marine de la Pallice va entraîner l’édification d’un puissant dispositif fortifié destiné à couvrir les approches de l’U-Bunker, dont l’île de Ré deviendra la pièce maîtresse. Ainsi, le fort de La Prée va être réaménagé et réoccupé par un détachement de la Kriegsmarine, la marine de guerre allemande, et recevra le code d’identification RO 405 (RO pour La Rochelle). Plusieurs emplacements de combat vont y être bétonnés (ils sont indiqués par des flèches rouges sur la photo ci-dessous) et, en particulier, les deux traverses seront coiffées d’encuvements dans lesquels notre marine nationale découvrira, à la libération, un canon de 75 mm et un affût quadruple de 20 mm !
Remis aux domaines en 1948, le fort de la Prée est vendu, l’année suivante, à une association du département de l’Eure, qui y organise un centre de colonie de vacances. Mais la vieille forteresse, qui n’est plus véritablement entretenue, se dégrade au point que les deux bastions du flanc ouest sont bientôt dans un état proche de la ruine et, dans le courant des années 1970, il doit être fermé. En 1980, le fort est acheté par le CNOSAP (Comité National des Oeuvres Sociales, sportives et culturelles de l’Administration Pénitentiaire). L’administration pénitentiaire, profitant du savoir-faire de certains de ses prisonniers de la centrale de Saint-Martin, va s’employer à remettre en état les infrastructures. En particulier, les deux bastions en partie effondrés vont être remontés. En 2004, pour la première fois, il est officiellement ouvert au public à l’occasion des journées du patrimoine. L’année suivante, les ouvertures se feront plus régulières ; les travaux, maintenant réalisés par des bénévoles, vont permettre l’accès progressif aux bâtiments… Le 21 mai 2008, le fort est classé Monument Historique. En 2009, il était accessible aux visiteurs tous les jours sauf le lundi en avril, mai, juin et septembre, et tous les jours sauf le samedi en juillet et août. Il a aussi accueilli plusieurs manifestations privées, l’association, qui y fait un travail absolument remarquable, le louant régulièrement à des entreprises comme à des particuliers. Espérons de tout coeur que cette nouvelle vie durera éternellement !!!

Plan du fort réalisé en 1693

Pour compléter cette description, rédigée sur la base de la plaquette « Le fort de la Prée, clef oubliée de la défense de l’île de Ré », voici quelques liens :
- la plaquette consacrée au fort : http://www.steph-sph.com/Carnets-Charente-M-cbcaaaaaa.asp
- le site internet officiel du fort de la Prée : http://www.fort-la-pree.com/
- les canons de 24 cm sur le site de l’IFF : http://iff.fortiff.be/index.php?page=arco240
- les canons de 95 mm sur le site de l’IFF : http://iff.fortiff.be/index.php?page=c95b
- les canons de 95 mm sur le forum : http://www.defense-des-cotes.com/t126-canon-de-95-mle-1888
- les discussions internes du forum : http://www.defense-des-cotes.com/f48-fort-de-la-pree-discussions-du-forum

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