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 Le fort Lupin

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Steph
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Date d'inscription : 19/07/2010
Age : 45
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MessageSujet: Le fort Lupin   Ven 24 Fév 2012, 15:34

La Charente prend sa source à Chéronnac, petit village de la Haute-Vienne. Après avoir parcouru pas loin de 350 kilomètres, elle débouche dans l’océan entre Port-des-Barques et Fouras. Or, il y a sur la rive gauche, à 5 kilomètres environ de cet estuaire, un haut-fond rocheux sur le côté duquel sera construit le fort Lupin. Lors de la création de l’arsenal, on comptait avant tout sur le manque de navigabilité de la Charente pour en assurer l’inviolabilité... Mais en 1674, une escadre hollandaise à laquelle nous n’avions rien à opposer sembla naviguer en direction de Rochefort… En utilisant les canons destinés à l’armement des navires en construction, on établit dans l'urgence une multitude de batteries de circonstance avant que, finalement, les Hollandais ne fassent leur descente sur l’île de Noirmoutier… On espérait, à Rochefort, qu’un nouveau programme de fortifications découlerait de « l’affaire hollandaise » de 1674, mais rien ne fut fait. Finalement, l’ingénieur François Ferry, directeur des fortifications pour la façade atlantique, reprenant à son compte un projet datant de 1672 resté sans suite, proposa l'édification d'un fort près du seuil de Lupin. Vauban, Commissaire général des fortifications, se vit soumettre le projet. Il savait que pour défendre efficacement Rochefort, il fallait avant tout défendre la rade. Mais faute d'un mieux qui ne viendrait peut-être jamais, il convint que barrer la Charente à Lupin permettrait d'interdire définitivement l'accès par voie d'eau à l'arsenal... Cependant, jugeant le projet de Ferry beaucoup trop ambitieux, Vauban le redessina entièrement en fonction de ses propres critères. Le chantier du fort Lupin « tel que le voulut Vauban » fut lancé, en 1685 sous la direction l’ingénieur Pierre Jablier. Les travaux s’étaleront sur quatre années et, en 1689, celui qui figure sur certaines cartes de cette époque sous l’appellation de « fort de la Charente » était enfin opérationnel. Incontestablement, Lupin est le plus élégant de tous les forts du 4e arrondissement maritime ! Mais malheureusement, il est également à la fois le plus mal placé et, sans aucun doute, le plus mal conçu (par exemple, il ne dispose d’aucune réserve intra-muros d’eau douce)… Du reste, Vauban disparu, il sera le premier dont on cessera de se préoccuper cependant qu’on cherchera sans relâche à moderniser et à rendre plus efficaces tous les autres.

Armé, à l’origine, de 22 pièces d’artillerie (24 si l’on tient compte des deux créneaux du chemin couvert), il n’en a plus que 4 en 1789 et sera totalement désarmé durant l’Empire. Le 12 juin 1812, une commission fut missionnée pour évaluer les travaux de remise en état de défense des fortifications de la Charente. Elle se rendit au fort et rédigea un rapport confirmant ce que l’on savait déjà depuis plus d’un siècle: « Le fort Lupin a dans le moment actuel bien peu d’importance, en raison de sa position, parce que l’ennemi ne se risquerait jamais si haut dans la rivière qu’après avoir effectué une descente et s’être rendu maître de tout ce qui pourrait s’opposer à ses mouvements, et dans cette hypothèse, la seule admissible, le fort Lupin ferait trop peu de choses, même en le supposant remis en état, pour résister à une attaque par terre et au feu réuni de ses vaisseaux ». Il faudra attendre 1873 pour qu’à nouveau il soit question de Lupin dans un plan visant à interdire l’accès à l’arsenal. Le 10 février, le contre-amiral Bourgois, président de la commission supérieure des défenses sous-marines, valide un dispositif ne devant être constitué que si la situation « venait à l’exiger ». Dans le cadre de ce programme, un barrage comportant deux lignes de 18 torpilles devra être constitué à quelques centaines de mètres en aval du fort (en réalité, la majeure partie des moyens étant affectée à la défense des rades, Rochefort ne recevra que de quoi établir une seule ligne). L’observatoire intérieur du barrage de Lupin, qu’on ne devait édifier qu’au moment opportun en utilisant de vieux rails pour en blinder la couverture, devait être implanté dans l’angle sud-ouest du chemin couvert ceinturant le fort, de manière à utiliser les maçonneries et le glacis déjà existants (cette partie du plan de défenses sous-marines ne sera abandonnée qu’après le rapprochement franco-britannique, au début du XXe siècle). Le dispositif torpédique arrêté, la Commission de défense des côtes tiendra séance à plusieurs reprises afin de statuer sur les propositions faites par Rochefort en matière de batteries d'artillerie. Dans le projet définitif qu’elle va adresser pour ratification au ministre de la guerre, on retrouve l’inutilité toute particulière du fort en tant que position de défense côtière : « l’arsenal ne peut avoir à craindre que des débarquements effectués en vue d’un coup de main et le soin de repousser les tentatives de cette nature peut être confié aux forces mobiles s’appuyant sur les fortifications existantes ». Elle se prononce donc pour le transfert du fort de la marine à la guerre. Le 17 avril 1875, l’ensemble du projet sera approuvé et adopté et, en août, la marine remettra officiellement clefs et plans du fort au génie.

Le 6 août 1889, une dépêche ministérielle réglementant les conditions de stockage de la mélinite, le fameux explosif à grande puissance mis au point par Turpin, arriva à Rochefort et, en présence des instructions qu’elle contenait, il fallut chercher un nouveau local répondant aux normes de sécurité qui y étaient prescrites, les infrastructures existantes au Vergeroux ne convenant pas. Le dossier fut transféré à la direction des travaux hydrauliques et confié à l’ingénieur Homolle. Lupin fut retenu par le conseil d’administration du port lors de sa séance du mois de septembre 1889. Le fort Lupin, tel qu’on peut le découvrir aujourd’hui, est en grande partie celui imaginé par Homolle en 1889 dans son « évaluation approximative des travaux à exécuter à l’intérieur du fort pour l’emmagasinage dans la tour de matières explosives ». Mais Il est probable qu’avant même l’achèvement des travaux, le port reçut de nouvelles instructions... On entreprendra alors la construction d’infrastructures neuves spécifiques à la Pyrotechnie du Vergeroux... Du reste, si certains documents conservés à l’antenne de Rochefort du Service historique de la défense attestent de la présence à Lupin d’un dépôt de munitions, celui-ci est explicitement désigné comme appartenant au 3e régiment d’infanterie de marine, et non à une unité d'artillerie... Il ne peut donc y être question d’un quelconque stockage de projectiles chargés avec de la mélinite ou même, simplement, de mélinite en barils…

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, et bien qu’il n’ait pas connu l’épreuve du feu, le fort est en piteux état. Finalement, en mai 1950, son aliénation sera prononcée. Le 26 juin, il sera classé par arrêté au titre des monuments historiques. La date du 29 juillet fut retenue pour la mise en vente, qui eut lieu à la mairie de Saint-Nazaire. Elle sera filmée par Les Actualités Françaises dans le cadre d’un reportage intitulé « La restauration des châteaux délabrés ». Un agriculteur en obtiendra l’adjudication. Cependant, L’homme s’intéressait moins au fort qu’aux deux hectares de terrains qu’il souhaitait exploiter et, du reste, c’est ce qu’il fera pendant une quinzaine d’années… En 1965, le fort change de propriétaires. Des Rochelais en font l’acquisition et se fixent pour objectif de lui redonner autant que faire se pourra sa splendeur d’antan. La tâche est ardue car rien, ou presque, n’a été fait par leur prédécesseur ! Toutes les toitures sont à refaire intégralement, les échauguettes menacent de s’effondrer, le fossé est à curer sur plus de la moitié de sa profondeur… Le premier janvier 1981, l’association des Amis du fort Lupin sera créée. Son but est de soutenir la restauration du fort. L’accès au chemin couvert sera toléré, cependant qu’il convient de rappeler que le fait que Lupin soit classé au titre des monuments historiques n’en fait en rien une enclave du domaine public, que le site est avant tout une propriété privée, et qu'en conséquence il convient de respecter la tranquillité des lieux et de ses propriétaires. Véritable petit bijou de l'architecture fortifiée, le fort Lupin passe pour être l’un des mieux conservés de tous les ouvrages édifiés sous la direction de Vauban pour défendre les frontières du royaume de France. Mais les choses ne se sont pas faites toutes seules et, si le fort est aujourd’hui ce qu’il est, c’est avant tout à ses propriétaires qu’on le doit !!!

Plan du fort réalisé en 1693

Pour compléter cette description, rédigée sur la base de la plaquette « Le fort Lupin, chef-d’œuvre de l’inutile », voici quelques liens :
- la plaquette consacrée au fort : http://www.steph-sph.com/Carnets-Charente-M-cbcaaaaaa.asp
- la page de la maison du tourisme à Soubise : http://www.soubise.fr/tourisme.htm
- la vente du fort sur le site de l'ina : http://www.ina.fr/art-et-culture/beaux-arts/video/AFE85003654/chateaux-delabres.fr.html


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