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 La fontaine Lupin

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Steph
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Date d'inscription : 19/07/2010
Age : 45
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MessageSujet: La fontaine Lupin   Sam 31 Mar 2012, 16:08

En 1665, le site de Rochefort est retenu pour l’implantation de l’arsenal souhaité par Louis XIV. Les travaux de construction débutent l'année suivante. Chaque navire appareillant devait transporter une quantité d’eau douce considérable, tant pour les besoins du service que pour ceux de l’équipage. Or, il se trouve près de l’embouchure du fleuve trois sources qui vont permettre l’édification d’une aiguade destinée à l’avitaillement des unités de la Royale. Dès 1667, soit un an à peine après le début des travaux de construction de l’arsenal, les premières études vont être diligentées. Après captage, l’eau douce devra être acheminée jusqu’à un château d’eau bâti sur le fleuve même, suffisamment loin de la rive pour que les chaloupes chargées de tonneaux puissent y accoster aux meilleures heures de la marée sans risquer de s’échouer. Peut-être pour ne pas priver totalement la contrée de ses ressources en eau courante, le projet n'intègrera que deux des trois sources :
- la source des morts, située près du cimetière du hameau de Saint-Nazaire ;
- la source de font Pourri, plus éloignée mais dont le débit est plus important.
Le tracée de la conduite en terre cuite qui devra les relier au fleuve atteindra un développement total de 2 799,40 mètres et sera ponctuée de 27 regards destinés à en assurer la surveillance et l’entretien (techniquement, il était compliqué de construire le bassin de font Pourri sur la source même ; on y établira donc un 28e regard). Elle aboutira à un réservoir tampon permettant, on l’espère, de maintenir un débit constant au niveau de l’aiguade proprement dite. Les travaux de réalisation de cet ensemble seront en court lors du passage sur site du Roi Louis XIV, en 1671…
Cependant, achevés, ils vont donner lieu à un certain nombre de mécomptes. Sans qu’il en ait été fait état dans les documents consultés au SHD de Rochefort, il ne fait presque aucun doute que le château d’eau, ouvert à sa partie sommitale, ait été coiffé à un moment ou à un autre par quelque vague plus importante que les autres… Mais c’est avant tout le débit des sources qui posa rapidement problème ! Les choses resteront pourtant en l’état au moins jusqu’au début des années 1730 !!! Certaines zones d’ombre planent sur les travaux qu’on réalisera à cette époque. Ainsi, sur un plan daté de 1739, une extension du réservoir d’origine (bassin est) apparaît comme « projetée » cependant que Masse, qui s’éteint en 1737, nous a laissé des dessins sur lesquels, outre cette extension telle qu’elle fut effectivement réalisée, apparaît une aiguade bien différente de celle d’origine. A cela s’ajoute une description du site faite en 1733 où il semble bel et bien être question de deux bassins… Bref, une chose est certaine : les travaux que l’on réalisera durant cette période ne donneront pas satisfaction ! À partir de 1759, l’ingénieur Augias se verra confier la refonte complète des infrastructures. Au bassin existant, il en ajoutera un second (à peu de choses près, la capacité de stockage se trouvera doublée) et il redessinera entièrement l’aiguade, lui donnant l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Pour permettre d’y soutirer l’eau à n’importe quelle heure de la marée, il la dota de robinets périphériques et de deux pompes à bras.
Au fil des années, de nombreux travaux seront réalisés pour maintenir la capacité opérationnelle du site. En revanche, on ne parviendra jamais à régler de façon véritablement satisfaisante les problèmes de variations de débit, celui-ci étant fonction de la pluviométrie du moment… En 1901, l’ingénieur Vegneaud fit installer une pompe à bras à la source de Font Pourri. Ce procédé, quoique suffisant pour assurer le débit nécessaire, avait le grave inconvénient d’employer 10 hommes et de coûter 30 francs par jour. Vegneaud, demanda donc l’achat par le port d’une petite pompe à vapeur. Le vice-amiral Godin, préfet maritime du 4e arrondissement, approuva le projet et, avant la fin de l'année, le nouveau matériel fut en place. Au début des années 1910, la tuyauterie d’alimentation du château d’eau sera modifiée pour pallier à la faible pression donnée par les réservoirs, cependant qu’il continuera à être possible d’utiliser les anciens robinets périphériques ou les deux pompes à bras. Un appontement sera établi dans le prolongement du château d’eau afin de permettre l’avitaillement aux heures de marée basse, la nouvelle tuyauterie étant prolongée sur toute la longueur de cet appontement. À la même époque, la marine lancera un appel d’offres concernant le remplacement de la charpente en bois du réservoir est par une dalle de couverture en ciment armé. On fera du « durable » et, plus de 60 ans après ces travaux, cette dalle sera réutilisée lors de la construction du bâtiment coiffant le réservoir, aujourd’hui transformé en restaurant. La guerre n’apportera aucun surcroît d’activité à l’aiguade et les volumes d’eau délivrés resteront sensiblement les mêmes que ceux qui l’étaient avant août 1914. Quant à l’arsenal, on y fabriquera surtout des obus pour le compte de l’artillerie de campagne…
En février 1921, le maire de Saint-Nazaire adressait un courrier au directeur des travaux hydrauliques pour l’informer que la commune souhaitait agrandir son cimetière en faisant l’acquisition de terrains situés entre le cimetière et la source des Morts. Le service de santé du port fut contacté afin de savoir s’il n’y avait pas à craindre que l’eau de la source ne finisse par être contaminée par le voisinage presque immédiat de ce cimetière après qu’il aurait été agrandi, à supposer qu’elle ne le fût pas déjà… On procéda au prélèvement d'échantillons d’eau et l’analyse permit de constater qu’elle était effectivement déjà contaminée ! Le bureau d’hygiène navale du 4e arrondissement préconisa d'isoler la source des Morts et d'autoriser la municipalité de Saint-Nazaire à procéder à l’agrandissement du cimetière, la Marine ne devant plus compter sur la source des Morts pour alimenter les réservoirs.
En septembre 1926, le Président Doumergue signa le décret entérinant la fermeture de l’arsenal. Même si la Royale devait rester très présente à Rochefort, il n’était plus question d’entreprendre des travaux conséquents. Ainsi, en août 1931, l’appontement d’avitaillement fut disloqué par une tempête et il fut décidé de ne pas procéder à sa reconstruction. Enfin, le 15 juin 1932, à Font Pourri, les services de la marine bouchèrent la conduite et les eaux de la source furent détournées vers un fossé voisin. Plus jamais l’eau ne coula de l’aiguade…
En novembre 1935, la couverture du réservoir ouest s’effondra dans le bassin. Le chef du service des travaux maritimes proposa de charger Mr Savalette, le gardien de la fontaine, de procéder au déblaiement des matériaux en lui abandonnant la propriété des produits de déblaiement. Savalette, entreprit de nettoyer le site et, à l’été 1936, il ne restait plus aucune trace de la toiture. L’année suivante, il restitua à la marine la statue qui coiffait la porte du bassin afin qu’elle soit placée au nouveau musée naval aménagé près de l’entrée de l’arsenal.
Après la Seconde Guerre mondiale, le site fut utilisé pour la destruction par brûlage d’obus récupérés sur les anciennes positions allemandes. Après avoir été désamorcés, les projectiles étaient disposés verticalement dans le fond du réservoir ouest de la fontaine, puis ils étaient arrosés d’essence à laquelle on mettait le feu… En novembre 1948, une explosion accidentelle se produisit durant l’une de ces opérations, ruinant le réservoir et le logement du gardien… Vers le milieu des années 1950, on arasera ce qu’il en restait et, pour limiter les risques d’accident et de détérioration, toutes les ouvertures du château d’eau seront murées…
Au milieu des années 1960, la Marine va s’intéresser à nouveau au site. Plusieurs unités de la Royale, dont des écoles, étaient toujours stationnées à Rochefort et il fut décidé, pour diversifier les activités de loisir qui pouvaient leur être proposées, de créer à Lupin un « club nautique des équipages ». Dans le cadre de cette nouvelle utilisation, l’intérieur du réservoir est fut aménagé afin de servir de hangar pour les embarcations et, en 1973, on décidera d’y construire de nouvelles infrastructures à usage de « club house ». Le nouveau bâtiment sera édifié sur la dalle de couverture du réservoir subsistant. Mais à partir de 1983, année ou elle fermera son hôpital à Rochefort, la Royale va progressivement se retirer de l’ancienne préfecture du 4e arrondissement maritime et, en 1984, le « club nautique des équipages » sera dissout...
Aujourd’hui, le site est géré par la commune de St-Nazaire, qui y a aménagé un petit port de plaisance, et le « club house » de la Marine est devenu un restaurant fort sympathique... L’aiguade, le réservoir ainsi que les édicules qui abritent les sources des Morts et de Font Pourri ont été inscrits par arrêté à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques le 18 avril 1995, cependant que l’aiguade sera classée par l'arrêté du 9 février 1999. En 2005, la commune a obtenu le transfert de la gestion de la fontaine à l’État, ainsi que le rapatriement sur le site du fronton qui ornait la porte du réservoir ouest. En 2011, la municipalité a mis en place, à l'intérieur du château d'eau, une petite exposition basée sur des documents issus des archives de l'antenne de Rochefort du SHD, le service historique de la défense. Les sites des sources des Morts et de font Pourri ont également été mis en valeur par l’affichage de notices explicatives et, pour qui s’intéresse un peu à l'arsenal de Rochefort, la fontaine royale est redevenue un site incontournable !
Le plan des infrastructures:


A : source des Morts ; B : source de Font Pourri ; C : remise.
D : logement du gardien ; E : bassins ; F : aiguade ; G : cour.
Pour compléter cette description, rédigée sur la base de la plaquette « Des sources à l’aiguade, la fontaine royale de Lupin », voici quelques liens :
- la plaquette consacrée à l’aiguade : http://www.steph-sph.com/Carnets-Charente-M-cbcaaaaaa.asp
- le restaurant de l’aiguade : http://www.escaledelupin.com


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